Paul Meilhat et United by the Ocean s’imposent au terme d’un final haletant

La première édition de The Ocean Race Atlantic, entre New York et Lorient, aura tenu toutes ses promesses. Long de 3 200 milles à travers l’Atlantique Nord, ce sprint n’a cessé de gagner en intensité jusqu’à un final à couper le souffle, conclu par la victoire de Paul Meilhat et de son équipage à bord de United by the Ocean.
Pendant les courses des IMOCA Globe Series, il n’est pas rare de voir les passionnés “scotchés” à la cartographie. Cette arrivée n’a pas dérogé à la règle. Dans les derniers milles vers Lorient, chaque position comptait et il était tout simplement impossible de décrocher les yeux de l’écran.
À l’approche des côtes françaises, c’est le tout nouveau DMG Mori Global One qui menait la flotte. Mais le vent a commencé à faiblir et la course s’est transformée en duel. United by the Ocean, opposé à 11th Hour Racing et Francesca Clapcich, s’est alors lancé dans un véritable match-race jusqu’à la ligne.
Le vent mollissant, les options tactiques se sont multipliées. Will Harris, le navigateur de 11th Hour Racing, a tenté un coup en passant au sud des Glénan, tandis que United by the Ocean et le reste de la flotte choisissaient de contourner l’archipel par le nord.
Au terme de ce duel, Paul Meilhat, vainqueur de The Ocean Race Europe l’an dernier à bord de ce même bateau, a de nouveau pu compter sur Benjamin Ferré, déjà présent lors de cette course, ainsi que sur Mariana Lobato, qui l’avait accompagné lors de The Ocean Race 2023, et Sara Stone. Ensemble, ils ont franchi la ligne neuf minutes devant l’équipage de Francesca Clapcich.
United by the Ocean a coupé la ligne neuf minutes devant 11th Hour Racing, au terme d’un duel indécis jusqu’à la dernière seconde. Derrière eux, DMG Mori Global One a résisté de justesse au retour de Team Malizia, mené par Boris Herrmann. Le bateau allemand, lancé à pleine vitesse dans les derniers milles, a finalement échoué à cinq minutes du podium. DMG Mori Global One conserve ainsi la troisième place, 13 minutes derrière 11th Hour Racing et cinq minutes devant Team Malizia.
© Vincent Curutchet / The Ocean Race Atlantic
Les quatre premiers bateaux ont ainsi terminé leur course, tandis que les deux derniers poursuivent leur route vers Lorient. Une situation météo favorable leur a permis de suivre une trajectoire plus directe que leurs adversaires de tête de flotte.
À bord d’Embrace the Challenge, Oliver Heer était encore à environ 165 milles de l’arrivée, après avoir subi une importante avarie de grand-voile au début de la course. Plus loin encore, MSIG Europe, mené par le Néo-Zélandais Conrad Colman et seul bateau non-foiler de la flotte, pointait à quelque 270 milles à l’ouest.
Meilhat, un spécialiste des courses en équipage
Paul Meilhat confirme une nouvelle fois qu’il fait partie des valeurs sûres du circuit IMOCA. Présent sur la plupart des grandes courses de ces dernières années, le Français avait notamment terminé cinquième du dernier Vendée Globe.
Et si son palmarès en solitaire est solide, Paul Meilhat démontre aussi qu’il excelle lorsque le bateau est mené en équipage. Sa victoire sur The Ocean Race Europe l’an dernier et ce nouveau succès sur l’Atlantique en sont une nouvelle illustration. À l’arrivée, le skipper de 44 ans était partagé entre soulagement et satisfaction après cette bataille acharnée avec Francesca Clapcich. « Oui, c’était incroyable. Et terminer une course comme celle-ci avec une vraie bataille jusqu’à la ligne, c’est génial. Les dernières 24 heures étaient vraiment passionnantes et ce n’était pas facile à gérer, notamment avec 11th Hour Racing qui a choisi une autre option aux Glénan. Mais l’équipage est incroyable. Nous avons poussé le bateau à fond pendant les deux derniers jours et c’était vraiment épuisant. »
Paul Meilhat a également évoqué les conditions particulièrement éprouvantes rencontrées au début de la traversée. Tempête dans l’Atlantique Nord, mer formée et 30 heures difficiles dans le Gulf Stream ont mis les organismes et les bateaux à rude épreuve.
« C’était dur pour tout le monde, notamment deux jours après le départ, avec beaucoup de reaching et le bateau qui tapait dans les vagues. Mais finalement, il vaut mieux connaître ce genre de conditions au milieu ou au début de la course et terminer avec du “champagne sailing”, à voler sur une mer plate. Cette course était incroyable. »
© Jean-Louis Carli | The Ocean Race
Francesca Clapcich échoue à neuf minutes
Pour Francesca Clapcich, cette deuxième place laisse forcément un goût d’inachevé. L’Italienne espérait décrocher sa première victoire en IMOCA après avoir déjà terminé deuxième de la Transat Café L’OR l’an dernier avec Will Harris à bord de 11th Hour Racing.
« Évidemment, à la fin, on en veut toujours un peu plus. Nous étions tellement proches de gagner… Nous avons tout donné pour y arriver. Mais si vous m’aviez demandé il y a quelques heures si j’acceptais ce résultat, je vous aurais répondu : hors de question ! »
Son équipage avait pourtant longtemps occupé la tête de flotte dans la deuxième moitié de la course. Mais une avarie sur un palier de foil a ensuite compliqué les dernières heures et limité leurs performances. « Nous avons rencontré quelques problèmes, mais nous avons réussi à revenir plus forts qu’avant. C’est complètement fou : 3 000 milles et, à l’arrivée, nous ne sommes séparés que de quelques minutes. »
Au-delà du résultat sportif, Francesca Clapcich s’est réjouie de l’accueil réservé à cette nouvelle course par le public. « C’était génial de disputer cette course, de voir les gens nous suivre et de voir l’impact que cela a eu pour les équipes. Nous avons une équipe incroyable. Ils ont fait un travail formidable pour nous amener jusqu’ici, et ils sont tous là pour célébrer avec nous. C’est vraiment spécial pour nous. »
© Vincent Curutchet / The Ocean Race Atlantic
DMG Mori Global One confirme son potentiel
À bord de DMG Mori Global One, la troisième place laisse également quelques regrets. Sam Davies, Nico Lunven, Kojiro Shiraishi et Arisa Moriya espéraient évidemment aller chercher la victoire, mais ce nouveau bateau est encore en phase d’apprentissage.
Parti de New York avec un léger déficit de vitesse, le nouveau bateau a progressivement trouvé son rythme au fil des huit jours de course. L’équipage a également dû composer avec un problème de recharge électrique en cours de route.
Commandé par Kojiro Shiraishi à l’architecte Guillaume Verdier, avec un cahier des charges particulièrement ouvert, le bateau se distingue notamment par une innovation majeure : il est le premier IMOCA à intégrer un « bustle » (la bosse sous la coque).
Le skipper japonais se montrait malgré tout particulièrement satisfait de sa nouvelle monture. « Je suis très heureux. Une bonne équipe, un bon bateau… vraiment, vraiment heureux. Nous avons pris beaucoup de plaisir. C’était une course magnifique. Tout le monde est en sécurité et le bateau n’a pas subi de gros dégâts : c’est un excellent résultat. Bien sûr, nous espérions gagner, mais cette troisième place reste un très bon résultat pour notre première course. »

Team Malizia frustré par une avarie
À bord de l’autre bateau neuf de la flotte, Boris Herrmann nourrissait davantage de frustration. Une avarie sur le carénage de foil a privé Team Malizia de l’avantage pris dans les premières heures de course, alors que le nouveau bateau dessiné par Antoine Koch avait démontré une vitesse impressionnante, aussi bien au près qu’au reaching.
Pour Boris Herrmann, le potentiel de ce bateau ne fait pourtant aucun doute. Il le considère déjà comme une arme particulièrement prometteuse en vue du prochain Vendée Globe. « Le bateau est exceptionnel. Au près, nous étions extrêmement rapides. Dès le départ, nous nous sommes échappés de la flotte et nous étions en tête jusqu’à notre collision. Il nous a fallu deux heures pour intervenir et régler le problème. À partir de là, nous étions un peu distancés et nous n’avons jamais vraiment réussi à revenir. »
L’Allemand a néanmoins tenu à saluer le travail de son équipage, composé de Cole Brauer, Justine Mettraux et Julien Villion. « Je suis fier de l’équipe. Malgré un énorme handicap, qui aurait pu nous démotiver et transformer la fin de course en long calvaire, ils ont continué à pousser. Nous ne pouvions plus régler le rake, alors que c’est justement ce qui permet de faire monter le bateau sur les foils. Nous avons donc fait au mieux et appris à naviguer avec le bateau d’une manière différente. »
Un final sous haute tension
Cette première édition de The Ocean Race Atlantic aura été un véritable concentré de ce que la course au large peut offrir. Tous les équipages ont dû prendre des risques à l’approche d’une importante dépression atlantique, accompagnée d’un état de mer particulièrement difficile. À bord des foilers, les chocs dans les vagues ont été parfois extrêmement violents.
Puis, dans les derniers jours, la flotte a dû composer avec une dorsale, qu’il fallait contourner pour rejoindre Lorient.
La navigation à l’avant de la dépression, alors que les bateaux approchaient de cette zone de hautes pressions, s’est révélée particulièrement délicate.
« C’était très instable. Le front nous poussait vers des vents de plus en plus faibles, avec une grosse houle sous le vent. Il fallait sans cesse jongler entre différents jeux de voiles et différentes configurations. Les choix étaient vraiment difficiles pour tout le monde. On voyait les autres en difficulté eux aussi : où se positionner, quelle voile envoyer, s’il fallait naviguer plus bas et plus vite ou au contraire plus haut… Ce n’était vraiment pas simple. »
Ed Gorman (traduit de l'anglais)
Info Teams
Pos. Report de The Ocean Race Atlantic avec Elodie-Jane Mettraux, Paul Meilhat et Nicolas Lunven
Ce 256e épisode de Pos. Report, enregistré en partenariat avec l’Imoca à la Maison des Skippers de Lorient, débriefe à chaud et en vidéo The Ocean Race Atlantic, dont le départ avait été donné de New York un peu plus de …
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